Le Comité des Régions est souvent considéré comme une des institutions les plus inutiles parmi l’ensemble des organes européens. Encore faut-il savoir qu’il existe. C’est sûr qu’en ces temps de crise les citoyens européens sont en droit de se demander si un budget annuel de 80 million d’euros est un investissement véritablement indispensable pour une institution dont le rôle n’est que consultatif et l’avis est trop souvent ignoré.

Il ne faut même pas faire preuve de cet euroscepticisme tellement en vogue en ces temps de crise afin d’exprimer des doutes quant à la nécessité d’un organisme tel que le Comité des Régions (CdR). En effet, depuis sa création en 1994 le CdR est sujet aux critiques les plus acerbes émanant du sein même des Institutions européennes. Il est vrai que c’est un organe dit « consultatif » auquel les différents piliers de l’UE (Commission, Conseil et Parlement) font appel lorsqu’ils souhaitent un avis – non contraignant – sur certaines affaires en cours.

Ses détracteurs n’auront aucun mal à exprimer des critiques mettant en cause l’existence même du Comité. Force est de constater que dans l’état actuel des choses on ne peut même pas entièrement leur donner tort. Il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui le CdR souffre d’un manque d’efficacité et de transparence qui poussent à se demander si ces 80 millions investis annuellement dans son fonctionnement ne seraient pas mieux investis ailleurs.

Même Mr. Petzold – chef d’unité au sein du CdR – compare l’institution pour laquelle il travaille à un « centre de conférence de luxe au sein duquel on organise de belles réunions mettant en valeur les qualités du développement régional de l’Union… dont malheureusement l’efficacité réelle est très difficile à démontrer ». De son côté, Mr. Thieule – chef de la communication – nous explique que « l’idée de l’Europe ne se vend plus très bien aujourd’hui. Particulièrement au niveau régional ». Les deux hommes se consolent en nous rappelant que si le CdR est invisible en soi, le résultat de son action est directement intégré dans le processus de fonctionnement européen.

Néanmoins, la véritable question n’est-elle pas de savoir quel type de développement européen nous souhaitons ? Il est vrai qu’aujourd’hui le politique semble s’effacer face aux logiques économiques qui déterminent les échanges mondiaux. Ceci dit, il n’est certainement pas déraisonnable de souhaiter un changement à ce niveau.

Les régions et leur fonctionnement sont au plus près du quotidien des citoyens européens et de leurs, attentes, angoisses et considérations. Rappelons que 50% des citoyens de l’Union considèrent leurs élus locaux et régionaux comme les plus à mêmes de les représenter au niveau européen et que 70% des décisions prises au plus haut niveau impactent directement les entités locales.

A ce titre, plutôt que de perdre le Comité des Régions comme certains le suggèrent, ne serait-il pas plus intéressant de le renforcer ? Ne pourrait-on pas imaginer un avenir plus fécond dès lors que la construction européenne émanerait du régional, avec enfin des efforts accrus de coopération entre ses plus petites entités ? Pourquoi n’oserions-nous pas rêver d’une Europe nouvelle ? Ne serait-il pas plus intéressant d’inverser enfin les flux de communication monolithiques découlant en sens unique des plus hautes instances, incapables de donner un visage à ce socle pourtant vital pour plus de 700 millions de citoyens ? La question mérite certainement d’être posée…